Mon cher cousin,

En plein été dans Le Monde Festival[1] on pouvait lire dans la rubrique « Des personnalités racontent une histoire singulière qu’elles ont eue avec « Le Monde », datée du 2014.08.28, cette chronique qui fait un retour sur un article que j’ai eu l’occasion de commenter dans un de mes courriers précédents : « En attendant un conclave »[2].

Solange Bied Charreton.2

 

Quel  n’est pas mon étonnement à la lecture de cette chronique estivale d’en apprendre un peu plus sur son auteur, Solange Bied-Charreton et surtout sur sa déconvenue quant à l’accueil plus que mitigé de son article dans les médias.

Le chapeau de la chronique est celui-ci : « 28 février 2013 : Benoît XVI renonce à sa charge. Très vite se pose la question de sa succession : qu’attend-on du nouveau pape ? Pour la première fois, Solange Bied-Charreton, jeune romancière catholique, s’exprime dans « Le Monde ».

Ainsi donc Solange Bied-Charreton est classée comme « une jeune romancière catholique ».

Avant de revenir sur la chronique de cette « histoire singulière » la concernant, intitulée « Le jour où Solange Bied-Charreton vexe les catholiques dans « Le Monde », permets-moi de faire un détour pour essayer de cerner la personnalité de Solange Bied-Charreton.

N’ayant lu aucun de ses livres et n’ayant aucune autre référence sur l’auteur que les articles du Monde, j’ai erré sur la toile à la recherche de quelques éléments d’orientation. Tu me rétorqueras qu’avant d’aller plus loin je devrais au moins lire quelques pages de ses livres ! A quoi je te répondrai que je pense en savoir déjà assez pour m’en faire une opinion sinon définitive, du moins bien documentée. Ses articles en disent long sur elle-même.

Ainsi, j’ai rencontré un personnage au parcours somme toute plutôt banal[3] et qui ne sort pas des sentiers battus. Des études honorables, sans plus. Mais il n’est pas nécessaire d’avoir fait un parcours brillant et exceptionnel pour accéder à la notoriété.

J’ai aussi trouvé sur un blog cette note critique de son premier roman « Enjoy », signé par François Maillot, PDG de La Procure.

Enjoy Bied-Charreton-Solange

« Il est difficile d’écrire sur les livres des amis, surtout lorsqu’il s’agit de romans. Non pas pour une médiocre affaire de complaisance et de renvoi d’ascenseur (Solange et moi ne connaissons comme ascenseur que celui de la petite Thérèse) … En faisant résolument basculer son histoire vers une humanité cabossée mais réellement vivante, à laquelle Charles et Gauthrin finiront par aspirer, Solange Bied-Charreton laisse la place à une réelle compassion, sans pathos ni mouchoirs, juste suggérée à l’attention du lecteur réellement présent à ce qu’il lit. C’est alors, la béance du vide de ce monde sans Dieu et dont l’humanité s’expulse elle-même qui apparaît. Se dessine enfin ce portrait de l’homme en marche vers sa destinée : une quête de Dieu, d’amour, de rédemption l’habite inexorablement. Il n’aura de repos de l’avoir trouvé. »[4]

Tu l’auras bien compris, et si tu suis avec attention mes courriers, je cherche la présence de Dieu dans la vie de ces personnes dont je parle, des vivants et des disparus.

Tu comprendras aussi ma surprise à la lecture de la chronique intitulée « Le jour où Solange Bied-Charreton vexe les catholiques » dans « Le Monde ».

J’y viens ! Je dois avouer qu’à la relecture de l’article du Monde paru en 2013 et la chronique qui lui fait suite plus d’un an après je ne parviens pas à émerger d’une grande perplexité. Je ne prétends pas connaître Solange Bied-Charreton sinon par ces quelques bribes de commentaires sur elle-même et sur ses écrits.

Je relève quand même ces quelques phrases : « Quand on m’a demandé d’écrire sur le pape, j’ai craint de voir mon rôle se réduire à celui d’un auteur chrétien… Une jeune catholique qui fait de l’humour, ça ne correspond pas à la case dans laquelle on a rangé l’Eglise ».

J’ignore à vrai dire tout de la foi de celle qui s’intitule une « jeune catholique qui fait de l’humour », d’autant plus qu’elle avoue aussi : « Je ne souhaitais pas parler de ma foi, ni de celle des autres. » Mais quand même, et sans entrer dans la polémique que son article a suscitée, il n’était pas évident à comprendre et moins encore cet « humour catholique » -j’avoue humblement inventer la formule en torturant peut-être un peu la sienne- et la tentative de justification récente ne me semble pas très convaincante.

Quand en 2013 Benoît XVI renonce à la fonction pour laquelle il a été élu en 2005 pour succéder à Jean Paul II, c’est une sorte de bombe à retardement qui explosera quand son successeur sera élu, un « inconnu » du monde médiatique, même si, comme il est normal, on le découvre peu à peu et on découvre aussi une personnalité hors du commun, surtout pour la fonction qu’il est appelé à exercer à la tête de l’Église catholique. A son sujet j’ai lu un long entretien qu’avait accordé le cardinal Jorge Bergoglio[5]. J’en ai déjà parlé dans l’article précédent http://www.calamus-scriptorius.org/adios-a-dios/ . Personnellement je n’aime pas le titre de la version traduite « Je crois en l’homme » car il peut être lu d’une manière ambiguë. Mais le contenu lui-même est très intéressant, surtout quand on lit cet entretien, qui date de 2010, en 2014 après plus d’un an de pontificat du pape François.

Je reviens à Solange Bied-Charreton.

Aujourd’hui, on peut rire de tout, se moquer, même ridiculiser, et on ne s’en prive pas quand il s’agit de l’Église et des personnes qui exercent une responsabilité parce qu’elles sont en vue. Et en particulier le pape. Le pape François échappe peut-être à la férocité médiatique dont a été victime son prédécesseur. Ses origines, son style de vie comme celui de sa communication, étonnent. Il est vrai qu’il laisse moins de prise aux médias par sa simplicité, son côté direct et sans apprêt. J’aime beaucoup  sa façon « uppercut » de renvoyer les uns et les autres qui ont bien du mal à trouver un angle d’attaque. Solange Bied-Charreton était prophète à sa façon en appelant de ses vœux « un pape ringard »[6].

Mais je trouve sa tentative de justification récente étonnante. « Alors, en dressant le portrait d’un pape à la mode, pour mieux réclamer un pape traditionnel ensuite, j’ai fait quelque chose d’ironique pour pousser le sujet à son paroxysme. Je croyais que la critique serait favorable. Sur un blog, cela n’aurait pas eu un tel retentissement, mais là, il s’agissait du Monde. »

Eh oui, chère Solange, vous avez peut-être eu le tort de prendre comme tribune les colonnes du Monde. D’Henri Fesquet à Stéphanie Le Bars en passant par Alain Woodrow et Henri Tincq, on ne peut pas dire que l’Église a fait l’objet d’un traitement de faveur. Elle a été plutôt mal-traitée et aussi bien maltraitée. Et je pourrais poursuivre, mais cela prendrait trop de temps et nécessiterait un article à part entière, sur ce chapitre de la façon dont sont considérées la religion, l’Église et la pratique religieuse dans les médias.

Vous concluez vos confidences d’auteur outragée[7] par ces mots : « Le pape François, lui, s’attaque à la finance, ce qui est admirable. De nombreux catholiques sont libéraux, ce qui me semble inconciliable avec leurs convictions. Etre catholique, c’est avoir le sens de la communauté avant d’avoir le sens de l’individu. Jésus n’était-il pas un socialiste primitif ? Il se battait contre l’individualisme. »

Je ne me livrerai pas à un commentaire de plus de cette conclusion sinon pour dire qu’on se livre souvent à de nombreux contre sens sur l’ « être catholique ».

Il me semble que, plutôt que de réinterpréter ce que fait l’Église depuis 2000 ans à partir de considérations spatio-temporelles et historiques, il faudrait commencer, en 2014, par ouvrir le Nouveau Testament et le lire sans a priori, sans les parasitages intellectuels de la modernité. Et ensuite vouloir sincèrement prendre connaissance du discours que tient l’Église depuis les origines sur ces sujets qui sont pris comme des chevaux de bataille, comme s’il s’agissait de simples « faits de société » sur lesquels elle se tromperait depuis des siècles.

« Je me sens plus légataire de Charles Péguy et Georges Bernanos, intellectuels engagés et catholiques, que de la vie paroissiale chrétienne au sens strict, ou du catholicisme mondain. Or, être un intellectuel catholique en France est très difficile. C’est un milieu qui manque d’audace. »

Je ne prendrai pas position sur cet héritage que vous revendiquez. En revanche je suis bien d’accord avec vous pour dire que les intellectuels français manquent d’audace. … Et surtout pour affirmer leur catholicisme qui ne peut s’en tenir à une attitude seulement intellectuelle.

Quant à revendiquer l’identité d’ « intellectuel catholique » … c’est en effet bien audacieux !

Pizzicatho

2014.09.21

[1] http://www.lemonde.fr/festival/projet.html

[2] http://www.calamus-scriptorius.org/wp-admin/post.php?post=55&action=edit & http://www.calamus-scriptorius.org/wp-admin/post.php?post=64&action=edit

[3] http://www.reussirmavie.net/Solange-Bied-Charreton-elle-a-choisi-d-ecrire_a1926.html

[4] http://www.blog-laprocure.com/chroniques-de-nos-libraires/solange-bied-charreton-enjoy/

[5] http://wujacongress2013.com/fr/el-congreso-2/noticias/546-el-jesuita-conversaciones-con-el-cardenal-jorge-bergoglio,-sj

et dans la version française http://www.famillechretienne.fr/livres/foi/pape-et-vatican/je-crois-en-l-homme-conversations-avec-jorge-bergoglio-105707

[6] http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/02/je-veux-un-pape-ringard_1841822_3232.html

[7] … ce n’est pas une faute d’accord. C’est volontaire car je n’aime pas la féminisation qui se traduit simplement par l’ajout d’un « e » aux mots traditionnellement masculins mais qui peuvent se lire sans complication aussi bien au masculin qu’au féminin sans aucune discrimination et sans affront à l’égalité.

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