Nelson Mandela

Adieu Madiba

« Le jour où je suis sorti de prison, quand j’ai vu tous ces gens qui m’observaient, un flot de colère m’a envahi à la pensée qu’ils m’avaient volé vingt-sept années de ma vie. Alors je me suis dit : Nelson, quand tu étais en prison, tu étais libre; maintenant que tu es libre, ne deviens pas leur prisonnier. » (Nelson Mandela)

        Chaque fois que disparaît une grande figure, homme[1] ou femme, qui a marqué l’histoire de son époque, je reste songeur et je suis porté à méditer sur le thème : « … et maintenant ? ».

Pendant une période plus ou moins longue cette illustre personnalité a inscrit son histoire dans une culture et dans un domaine qu’elle a fait briller d’un éclat particulier.

« … et maintenant ? »

J’y pense à l’occasion du départ de Nelson Mandela.

La foule des chefs d’état, anciens et en exercice, qui par leur présence ont rendu hommage à la personnalité exceptionnelle que fut Nelson Mandela rappelle -mutatis mutandis- la même foule -mais pas tous les mêmes- qui assistait à Rome à la messe de funérailles de Jean Paul II en 2005.

La seule présence en de telles occasions de tant de représentants de l’autorité de nations aussi différentes, de régimes si divers, est un signe …

Mais de quoi ? Comme en toute circonstance semblable les déclarations qui rendent hommage au disparu sont rédigées en termes élogieux et il faut le croire sincères.

L’exercice est légitime, même si pour certains, l’impression laissée par ces éloges rend mal à l’aise tant il apparaît difficile de ne pas voir transparaître une volonté plus ou moins consciente d’écrire quelques lignes ou une page qui figure en bonne place dans un parcours plutôt fade, voire contestable mais rehaussé par la personnalité qu’on salue…   J’y’ étais !  diront-ils, comme si leur seule présence suffisait à faire rejaillir, ne serait-ce qu’un peu de l’honneur du disparu sur une personnalité à l’envergure bien limitée.

Au-delà de l’inflation médiatique dont l’événement est l’objet je souhaite rebondir à propos sur cette « étrange sainteté ».

Car il faut bien le dire, quelle que soit la personnalité, son parcours personnel, les épreuves qu’elle a traversées ou l’aura qui l’a entourée, la tendance est à « canoniser » empruntant à la tradition de l’Eglise Catholique.

Mais quel est le sens de cette « canonisation » ?

Dans de nombreuses nations existe un « panthéon » où sont rassemblés les « héros » de la nation quel que soit le titre de gloire qui leur vaut cette entrée au Panthéon des hommes illustres (… où des femmes aussi ne sont entrées que bien tardivement !).

Pourquoi « canoniser » ainsi une œuvre, de hauts-faits, de justes combats, un « génie » … bref une vie qui a brillé et dont la lumière a éclairé une époque et une nation.

Mais je me suis éloigné de mon projet initial. Je reviens à « Madiba », Nelson Mandela.

Avec lui disparaît peut-être l’une des dernières grandes figures emblématiques du XX° siècle : siècle de combats, de luttes trop souvent sanglantes pour conquérir la liberté, pour la retrouver, pour la sauvegarder, cette « valeur » universelle qui est aussi l’une de celles qui n’en finira pas de coûter « du sang et des larmes » car être libre est l’une des aspirations les plus nobles de l’homme.

Nelson Mandela n’est pas sorti de 27 ans d’emprisonnement détruit et révolté. Revenu à la vie d’homme libre il n’est pas entré dans le camp des « vainqueurs » en criant « Vae victis! ». C’est admirable !

Quant à la liberté, force est de constater que l’homme  n’en finit jamais de tomber dans des esclavages qu’il engendre lui-même … croyant s’ouvrir un chemin vers de nouvelles libertés.

Pourquoi ?

Quelle liberté l’homme cherche-t-il ?

Sait-il même, après tant de siècles, ce qu’est la liberté ?

Un jour interrogeant l’homme qu’on lui amenait pour le juger, ce Préfet de Judée pose à l’accusé cette question « Qu’est-ce que la vérité ? ». On ne sait si pressé par le temps, inquiet de la tournure que prend l’affaire ou craignant d’entendre la réponse, il se détourne sans attendre la réponse.

Bien plus tard l’un des témoins rapportera ces paroles de l’accusé prononcées au cours d’un de ses discours « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »

Bien sûr, qui n’aura reconnu cette parole de Jésus-Christ, devenue sans doute l’une des plus emblématiques et reprise si souvent dans des contextes si divers et, hélas aussi, détournée de son sens originel.

Et maintenant… ?

J’y pense toujours quand on salue avec tous les honneurs posthumes celui qui a quitté cette terre et je pense aussi qu’il emporte au fond de lui ces questions auxquelles il aura essayé de répondre sa vie durant « Qu’est-ce-que la vérité ? » Et en écho cette réponse « La vérité vous rendra libres ».

Et maintenant … ?

Ma conviction est que la réponse lui est donnée désormais indépendamment des honneurs qui lui sont rendus en présence de Celui qui lui aura par tous les moyens donné l’occasion d’entendre cette vérité qu’il aura cherchée en cherchant la liberté.

… Et si on y pensait aussi avant cette ultime rencontre ?


[1] Je distingue mais qu’il me soit permis d’apporter cette précision d’une grande dame de la culture française dans ce qu’elle a de plus noble, Madame Jacqueline de Romilly de l’Académie Française. « Dans Le jardin des mots » est un merveilleux recueil de chroniques qu’elle a écrites pour Santé Magazine. Au chapitre « Homme » elle écrit ce qui suit : « Le mot français vient tout droit du latin [homo] ; mais on ne sait pas toujours assez que ce mot latin lui-même a pour origine une racine signifiant la « terre » ! Homme voudrait donc dire « né de la terre » ! … Au début on écrivait seulement om, ce n’est grand-chose. » Dans le jardin des mots, par Jacqueline de Romilly [http://www.mollat.com/livres/romilly-jacqueline-dans-jardin-des-mots-9782253124382.html?affid=91&prov=g]

N’étant pas spécialiste en langue anciennes j’aurais aimé poser à Mme de Romilly la question de la filiation sémantique entre cette racine supposée « om » et la « syllabe mystique » si chargée de symbolisme du plus célèbre mantra du bouddhisme : Om mani padme hum (en sanskrit ॐ मणिपद्मे हूँ en Tibétain : ཨོཾ་མ་ཎི་པ་དྨེ་ཧཱུྃ་ (Oṃ maṇi padme hāuṃ).

 

 

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