Une minute de silence …

Pray for Paris.5.2

« Souvent le silence est une réponse »

Ménandre[1]

Mon cher cousin,

Lundi la France sidérée par les attentats du 13 novembre a observé la traditionnelle « minute de silence » pour « témoigner ».

Je comprends bien que ce soit une manifestation de … justement, je me demande de quoi. De solidarité ? De compassion ? … Mais je pose aussi la question : à quoi cela sert-il ? Il n’y a rien de plus pesant que le silence dans ces circonstances, et l’on est presque soulagé quand la minute se termine. … C’est long une minute quand on compte mentalement chaque seconde.

Je me pose une autre question : et si au lieu d’un silence vide comme un désert on l’habitait intérieurement. Au lieu d’être simplement une minute vide, perdue dans le vague des regards tout aussi vides qui, il faut bien l’avouer, ne savent pas très bien sur quel horizon se fixer, on la remplissait de contenu…, de prière.

… J’entends déjà les réflexions habituelles : « Ça sert à quoi de prier dans ces circonstances ? Dieu ? … n’aurait-il pas pu empêcher, cette guerre, cette catastrophe, cette maladie, … toutes ces épreuves qui brisent nos existences. » La litanie des « responsabilités » qui pèsent sur ce Dieu qui reste sourd se déroule à l’infini.

Voilà que seront toujours affrontées face à face les deux attitudes, dans un duel intemporel autant que sans issue. Et il n’y a pas de réponse … En tout cas la minute de silence perd toute signification si on la met en face de la prière, sous le prétexte qu’elle ne sert à rien. La minute de silence n’a pas plus d’efficacité. Ceux qui l’observent ont-ils construit quelque chose ? Le silence tout seul est l’abîme du désespoir alors que la prière, qui souvent s’inscrit aussi dans le silence, engendre l’espérance. Le silence est un mur d’incompréhension, une frontière qui isole et qui dresse une barrière franchissable seulement sous condition. La prière est un pont qui conduit l’âme à la rencontre de Dieu… ou si ce n’est d’un Dieu que l’on connaît au moins d’une aspiration.

Je n’aime pas les minutes… pas plus que les secondes de silence qui nous transportent au bord de l’éternité du vide.

Je crois à la vertu, à la force, de la prière qui peut-être sans rien apporter de tangible, dans l’instant, porte en elle un élan qui maintient debout face à la tempête.

Le plus beau symbole du silence et de la prière sera toujours celui du Golgotha. Après avoir lancé vers le ciel, dans le peu de souffle qui lui restait, son ultime parole « Consummatum est », Jésus rendit son esprit. Il ne reste plus au pied de la Croix dressée sur le monde, qu’une mère et un fils qu’elle vient de recevoir… Sa dernière parole est aussi la porte qui ouvre sur un grand silence mais il est habité de prière et d’espérance. Sans doute seule, Marie, toute à sa douleur, sait-elle en cet instant, dans son cœur, que cette porte appelle l’espérance, celle qu’elle a ouverte depuis l’Annonciation. Elle est aujourd’hui et toujours, au milieu des vicissitudes de la vie l’icône inscrite dans le cœur du chrétien qui sait que sa foi n’est pas vaine.

« Souvent le silence est une question … »

Pizzicatho

2015.11.17

Pray for Paris.4.2

Le logo modifié s’inscrit sur deux photographies prises à Lourdes en mars 2010 qui représentent respectivement la quatrième et la treizième stations du Chemin de Croix de Lourdes sculptées dans le marbre par Maria de Faykod[2] pour célébrer le 150° anniversaire

[1] http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/12/Men/Menandre.htm

[2] http://www.musee-de-faykod.com/chemindecroix.html

 

 

 

 

 

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