Une minute de silence …

Pray for Paris.5.2

« Souvent le silence est une réponse »

Ménandre[1]

Mon cher cousin,

Lundi la France sidérée par les attentats du 13 novembre a observé la traditionnelle « minute de silence » pour « témoigner ».

Je comprends bien que ce soit une manifestation de … justement, je me demande de quoi. De solidarité ? De compassion ? … Mais je pose aussi la question : à quoi cela sert-il ? Il n’y a rien de plus pesant que le silence dans ces circonstances, et l’on est presque soulagé quand la minute se termine. … C’est long une minute quand on compte mentalement chaque seconde.

Je me pose une autre question : et si au lieu d’un silence vide comme un désert on l’habitait intérieurement. Au lieu d’être simplement une minute vide, perdue dans le vague des regards tout aussi vides qui, il faut bien l’avouer, ne savent pas très bien sur quel horizon se fixer, on la remplissait de contenu…, de prière.

… J’entends déjà les réflexions habituelles : « Ça sert à quoi de prier dans ces circonstances ? Dieu ? … n’aurait-il pas pu empêcher, cette guerre, cette catastrophe, cette maladie, … toutes ces épreuves qui brisent nos existences. » La litanie des « responsabilités » qui pèsent sur ce Dieu qui reste sourd se déroule à l’infini.

Voilà que seront toujours affrontées face à face les deux attitudes, dans un duel intemporel autant que sans issue. Et il n’y a pas de réponse … En tout cas la minute de silence perd toute signification si on la met en face de la prière, sous le prétexte qu’elle ne sert à rien. La minute de silence n’a pas plus d’efficacité. Ceux qui l’observent ont-ils construit quelque chose ? Le silence tout seul est l’abîme du désespoir alors que la prière, qui souvent s’inscrit aussi dans le silence, engendre l’espérance. Le silence est un mur d’incompréhension, une frontière qui isole et qui dresse une barrière franchissable seulement sous condition. La prière est un pont qui conduit l’âme à la rencontre de Dieu… ou si ce n’est d’un Dieu que l’on connaît au moins d’une aspiration.

Je n’aime pas les minutes… pas plus que les secondes de silence qui nous transportent au bord de l’éternité du vide.

Je crois à la vertu, à la force, de la prière qui peut-être sans rien apporter de tangible, dans l’instant, porte en elle un élan qui maintient debout face à la tempête.

Le plus beau symbole du silence et de la prière sera toujours celui du Golgotha. Après avoir lancé vers le ciel, dans le peu de souffle qui lui restait, son ultime parole « Consummatum est », Jésus rendit son esprit. Il ne reste plus au pied de la Croix dressée sur le monde, qu’une mère et un fils qu’elle vient de recevoir… Sa dernière parole est aussi la porte qui ouvre sur un grand silence mais il est habité de prière et d’espérance. Sans doute seule, Marie, toute à sa douleur, sait-elle en cet instant, dans son cœur, que cette porte appelle l’espérance, celle qu’elle a ouverte depuis l’Annonciation. Elle est aujourd’hui et toujours, au milieu des vicissitudes de la vie l’icône inscrite dans le cœur du chrétien qui sait que sa foi n’est pas vaine.

« Souvent le silence est une question … »

Pizzicatho

2015.11.17

Pray for Paris.4.2

Le logo modifié s’inscrit sur deux photographies prises à Lourdes en mars 2010 qui représentent respectivement la quatrième et la treizième stations du Chemin de Croix de Lourdes sculptées dans le marbre par Maria de Faykod[2] pour célébrer le 150° anniversaire

[1] http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/12/Men/Menandre.htm

[2] http://www.musee-de-faykod.com/chemindecroix.html

 

 

 

 

 

10. mai 2015 · Ecrire un commentaire · Catégories: Calamus · Tags:

« E troppo rosso ! »

Le volon rouge - Stradivarius Huberman-Gibson

 

Je vais commencer par la fin de l’histoire ou plus exactement par l’actualité de ce stradivarius à travers le temps. L’histoire de sa naissance a commencé par une nuit froide de l’hiver, en 1706, dans les Alpes du Nord de l’Italie pour aboutir en 1713 dans l’atelier du maître luthier Antonio Stradivari. Le roi Philippe V d’Espagne envoie son maître de musique en Italie pour commander un violon aux maîtres luthiers de l’époque Amati, Guarneri et Stradivari. C’est chez Antonio Stradivari qu’il entre dans l’espoir de trouver un violon qui comblera le roi, mais pour des raisons qui restent bien éloignées de l’amour de la musique… Quand Stradivari présente à l’envoyé du roi un violon, il s’entend dire « E troppo rosso ! ». Et voilà comment le stradivarius acquiert son premier nom (ou surnom) et commence son aventure publique. Mais son histoire allait prendre un tour rocambolesque…

Nous sommes en janvier 2007 à Washington D.C.[1] Dehors il fait froid. Peut-être pour cette raison un musicien a-t-il choisi l’entrée de la station L’Enfant Plaza du métro pour exercer son art, espérant ainsi gagner un peu sa vie. Une casquette est vissée sur sa tête et il tient son violon. C’est le matin, à une heure de pointe. Des centaines de personnes, à l’instar de toutes les stations de métro du monde, vont passer par cette station, d’un pas rapide. Rares sont celles qui vont s’arrêter un court instant pour écouter quelques notes. Auront-elles reconnu la chaconne de la 2° partita de J.S. Bach, l’Ave Maria de F. Schubert, Massenet et encore Bach.

Le violoniste aura joué pendant trois quarts d’heure et aura en tout et pour tout gagné 32 dollars. Puis il est reparti comme il était venu.

Personne n’aura reconnu Joshua Bell, l’un des plus grands violonistes du moment ni le « violon rouge » qui revit sous ses doigts.

Revenons maintenant aux Tribulations d’un stradivarius en Amérique de Frédéric Chaudière (Actes Sud, 2005).

Avant de commencer l’histoire elle-même il prévient « Ce récit est une œuvre de fiction basée sur vingt ans d’expérience professionnelle… Je me suis librement inspiré d’éléments rapportées [dans la presse] pour composer un récit qui ne constitue ni une enquête journalistique ni un essai historique. »

Le récit s’ouvre sur une histoire dramatique survenue au propriétaire du violon en 1936, Bronislaw Huberman. Il est en concert au Carnegie Hall de New York. Un concert de prestige avec Toscanini au pupitre et parmi les invités à assister au concert A. Einstein. Huberman a deux violons, un stradivarius et un guarnerius. Il joue ce soir-là le guarnerius pendant que le stradivarius dort dans son étui. Le concert terminé… le stradivarius a disparu.

Ainsi commence, au sens strict de l’adjectif, l’aventure extravagante du stradivarius, le « violon rouge ».

Nous l’avons déjà rencontré en introduction mais le récit palpitant que nous offre Frédéric Chaudière nous conduira d’abord aux origines, en Italie du Nord dans la région où sont nés les plus prestigieux violons qui, sous les doigts des plus grands virtuoses d’aujourd’hui, font vibrer les concertos et autres sonates et partitas des plus grands compositeurs.

Le récit se déroule en deux grandes parties : la première nous emmène à Crémone où nous apprenons tous les secrets qui contribuent à la valeur instrumentale du violon. Nous y sommes conduits par un maître luthier qui sait tout sur les bois, les colles, les vernis dont ils sont faits. Nous fréquentons les facteurs crémonais, Amati, Guarneri et bien sûr la famille Stradivari. Nous apprenons la préhistoire du violon rouge depuis sa naissance dans les ateliers du père, le génial Antonio Stradivari et aussi nous faisons connaissance avec la famille Stradivari. C’est toute l’histoire du violon et des luthiers Amati, Guarneri et Stradivari qui se déroule pendant les deux tiers du récit, à mon sens la partie plus intéressante du récit.

La deuxième partie est contemporaine et nous entraîne dans les années de galère de notre pauvre violon rouge, qui commence une odyssée de 50 ans au terme de laquelle il aurait pu disparaître à tout jamais après sa tragique subtilisation au Carnegie Hall. Et Joshua Bell n’aurait pas pu faire retentir Bach dans le métro de Washington avec lui. Il sera maltraité, brutalisé, jusqu’à être réduit au rang d’un vulgaire cendrier, tatoué par la folie d’un homme qui va sombrer dans la déchéance humaine entraînant avec lui dans sa descente aux enfers le stradivarius.

Cette deuxième partie, à peine croyable, m’a même valu d’échanger un courrier avec l’auteur pour préciser ce qu’il dit dans son introduction : « Ce récit est une œuvre de fiction ». J’avais essayé de suivre sur la toile la trace du violon rouge mais elle est notablement romancée à la suite d’un film qui porte son nom et qui, me semble-t-il, est, quant à elle, une fiction qui n’a rien à voir avec l’histoire de l’authentique violon rouge si ce n’est que la partie musicale du film est interprétée par Joshua Bell jouant le véritable violon rouge, notre stradivarius. Quant au récit de Frédéric Chaudière il raconte sur le mode fictionnel le parcours chaotique mais bien réel du violon rouge.

Il nous entraîne dans l’épopée qui entraîne malgré lui le violon rouge dans les milieux sordides des plus glauques des bouges des grandes villes américaines avec comme intermèdes d’invraisemblables apparitions, bien réelles pourtant, sous les doigts d’un violoniste raté (mais peut-être pas sans de réelles capacités inexploitées par paresse).

Le violon rouge aurait pu y laisser « sa peau » … ou plutôt son vernis inclassable, sans l’opiniâtreté et la touche d’indéniable intuition d’un amateur éclairé qui retrouve providentiellement sa trace en 1986. Après ces péripéties, le violon rouge, aussi connu sous diverses identités successives, « Huberman » du nom du propriétaire auquel il fut volé, a retrouvé aujourd’hui son identité première, le « Gibson ». Il revit aujourd’hui et c’est pour notre plus grand bonheur et aussi pour l’honneur d’Antonio Stradivari, sans le génie de qui il n’aurait pas vu le jour. « E troppo rosso ! …

Le récit est très agréable à lire et surtout il nous rend cet instrument encore plus sympathique d’autant qu’il reste, à mon sens, l’un des plus mystérieux et que les compositeurs qui leur ont donné de s’exprimer autant que les virtuoses qui les font vivre ont tous une originalité et une personnalité exceptionnelles.

[1] https://youtu.be/hnOPu0_YWhw


Mon cher cousin,

Il est des jours où, avec la meilleure volonté du monde et toutes convictions confondues, il est difficile de comprendre dans quel monde nous vivons.

Je ne sais pas ce que tu penseras de ce qui s’est passé le 7 janvier 2015, à Paris.

Un attentat criminel perpétré contre un journal. Sans céder à l’espèce d’hystérie collective qui a saisi des millions de personnes, oubliant ce qu’est Charlie Hebdo, qualifier de criminel  l’acte qui a frappé collectivement la rédaction du journal ressort du plus élémentaire sans commun.

Même seulement en passant, et sans prétendre à un acte prophétique, j’ai consacré indirectement une chronique à ce même journal, il y a quelques mois à l’occasion de la disparition d’un de ses fondateurs, Cavanna qui venait de disparaître [1].

Il est inutile, je présume, de te rappeler que Charlie Hebdo n’était pas pour moi une source d’information même occasionnelle. Dans les circonstances tragiques qui ont propulsé le journal sur le devant de la scène, il ne serait pas convenable de se lancer dans la polémique.

Pour d’autres prises de position, on verra plus tard.

J’en ai déjà beaucoup lu et entendu car les médias, bien sûr, toutes tendances confondues, endossent aujourd’hui la veste ensanglantée de Charlie Hebdo.

Demain en France, c’est jour de deuil national, par la volonté du Président de la République qui n’a pas hésité à qualifier les victimes de « héros ».

Demain à midi comme en d’autres occasions sera observée une minute de silence.

Une première réaction à l’écoute ou à la lecture des innombrables témoignages est celle-ci : Il me semble que, même si l’information à chaud sur une question aussi sensible, et indépendamment de la cible visée, est évidemment compréhensible, il faudra bien qu’un jour tous ceux qui ont fait des déclarations, sous le coup de l’émotion, une fois celle-ci retombée, reviennent sur leur portée et réfléchissent à leurs propos. Même si l’on ne sait encore que peu de choses, à l’heure où j’écris, sur les responsables de l’attentat, il faut bien avouer que déjà une direction a été prise. La piste « islamique » est évidemment privilégiée, et c’est logique au vu de ce que représentait Charlie Hebdo pour cette mouvance.

Mais au-delà de cette piste présumée, que de déclarations ont déjà été faites qui n’échappent pas à l’amalgame : l’obscurantisme, le refus de la modernité, … j’en passe, dont sont responsables les religions. La cible étant Charlie Hebdo, que de fois ai-je déjà entendu la revendication du « droit au blasphème [2] ». Et ce n’est qu’un échantillon des « professions de foi », si tu me permets cette expression paradoxale.

Wolinski, l’une des victimes, était, à l’occasion des obsèques de Jacques Chancel, à l’Eglise Saint-Germain-des-Prés le 6 janvier au milieu d’une foule de personnes de tous les horizons, venues rendre un dernier hommage au grand journaliste qu’il a été, pour certains sans doute un exemple de professionnalisme haut de gamme, dans cet exercice difficile d’écrire ou de dire « l’opinion ». Wolinski déclarait qu’il aimait, lui, le caricaturiste que l’on connaît, dessiner cette église, lui, l’athée et le libertaire, dont les convictions allaient dans une toute autre direction que celle de l’Église.

Je t’entends déjà me dire : « Où veux-tu en venir ? »

C’est presque la « providence », -et je te précise que je n’entends pas établir un lien de causalité entre les événements-, qui vient de rapprocher ces morts successives.

Cela pour dire combien je suis étonné, chaque fois qu’une personne du monde des médias quitte ce monde, de voir se rassembler au cœur de Paris, dans l’église Saint-Germain-des-Prés, des hommes et des femmes que l’on voit plus habituellement sur les écrans, signer des articles ou des dessins dans des journaux, prononcer des discours, faire des déclarations, parcourir l’hexagone pour une campagne politique, … etc. Un peu comme si Saint-Germain-des-Prés, l’église, était une autre scène où se produire.

Que représente pour eux cette nef qui converge vers un autel sinon une autre façon de « monter les marches à Cannes ».

Entendent-ils…, écoutent-ils…, comprennent-ils… vraiment les mots que prononce le prédicateur dans son homélie ? Ce qui rassemble ces « spectateurs » c’est un événement bien particulier : la mort.

Que représente pour eux le mystère qui est célébré lors des funérailles chrétiennes ?

La vie… La mort ! …

Pour revenir sur la tragédie qui endeuille la France, les propos n’ont pas manqué qui parlaient du « paradis » où se trouvent désormais les victimes. Et il n’a pas manqué de dessins…- c’était trop tentant !- qui mettent en présence les victimes de Charlie Hebdo avec un « Dieu le Père » avec lequel ils ont bien souvent du crayon…

Je ne reviens pas sur plusieurs de mes lettres que je t’ai déjà adressées dont le sujet était justement le départ de personnalités pour l’autre monde. Mais, avec un peu de bonne volonté, tu pourras peut-être comprendre le message.

Pour terminer je t’en délivre deux. Ils s’inscrivent dans l’actualité du jour.

« Le Saint Père exprime la plus ferme condamnation pour l’horrible attentat qui a endeuillé ce matin la ville de Paris », a indiqué le porte-parole du Vatican, dans un communiqué.

Le glas sonnera à Notre-Dame de Paris jeudi midi

« L’Eglise catholique s’associera jeudi à la journée de deuil national en hommage aux victimes de l’attentat dans les locaux de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et fera sonner le glas de la cathédrale Notre-Dame à midi », a annoncé le diocèse de Paris. « La messe qui suivra cela célébrée en pensant aux victimes et à leurs familles », ajoute l’évêché dans un communiqué.

(à suivre…)

 Pizzicatho

2015.01.07

 http://youtu.be/k1-TrAvp_xs

 

[1] http://www.calamus-scriptorius.org/2014/02/

[2] En boucle sur France Info dans son édition spéciale du 7 janvier.

Ces quelques mots pour introduire le courrier que je transmets en pièces jointes. Je l’envoie à l’occasion de Noël 2014 et de la nouvelle année 2015 à la plupart des amis et des connaissances entrés dans mon carnet d’adresses au fil des années dans les circonstances les plus diverses.

Ce n’est ni l’improvisation ni le hasard qui me conduit à l’envoyer (presque) sans faire de sélection.

Le seul risque que je prends en envoyant un courrier de ce style, non sans une tonalité de provocation que j’assume, est d’avoir d’heureuses surprises… même si je n’en saurai peut-être jamais rien. Je souscris à ce que Saint-Exupéry fait dire au petit prince dans cette merveilleuse formule qu’un homme de foi ne renie pas : « L’essentiel est invisible pour les yeux » dit le renard. Et le petit prince de répéter : « L’essentiel est invisible pour les yeux ». Et le renard de poursuivre : « les hommes ont oublié cette vérité. » 

Cette année encore c’est avec la même émotion de toujours qu’à la Messe de Minuit, comme c’est une tradition liturgique, je me suis mis à genoux au verset du Credo « Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ». Le pape François dont on sait qu’il n’est pas à court d’innovation en paroles et en gestes, a demandé cette année qu’un orchestre symphonique interprète l’ « Et incarnatus est » de la Messe en Ut mineur de W.A. Mozart pour solenniser encore plus le verset[1]. cf. http://www.calamus-scriptorius.org/2014/01/

La première pièce jointe est la lettre que j’envoie pour transmettre mes vœux… simples et directs !

La deuxième est une vidéo de presque 5’ (pas plus !). Vous avez le choix de seulement contempler la beauté des tableaux soutenue par la paisible musique venue tout droit d’un Extrême-Orient qui a su se laisser inspirer, sans se renier, par le mystère chrétien. … La preuve que les civilisations ne sont pas imperméables les unes aux autres et peuvent dialoguer dans la paix et l’harmonie. Quant aux paroles chacun en tirera en toute liberté ce qu’il voudra.

 

Giotto di Bondone.03

Giotto di Bondone – Scènes de la vie du Christ : Nativité – Fresque 1304-1306

Chapelle Scrovegni (Chapelle de l’Arena), Padoue

Le simple abri sous lequel la Vierge et son enfant cherchent refuge est situé au milieu d’un sombre paysage rocheux. Marie se tourne de côté sur le lit afin de recevoir le nouveau-né des bras d’une sage-femme – un geste naturel et spontané que le regard de la mère et de l’enfant amplifie encore. Bien périphérique, cet échange de regards semble être le véritable centre de l’image, encore élargie pour inclure la scène de l’annonce aux bergers.


 

Les mots qui introduisent ce message de Noël ne sont pas d’un théologien ni même d’un prêtre dans son homélie de la Messe de la Nativité mais extraits de l’Éditorial d’un journal[2].

 « De la lumière à la lumière …

Qui est-il, cet enfant au fond de la crèche dont on devine les bras ouverts ? Qui est ce jeune homme au regard attentif, protégeant de sa main la vive flamme ?

 « De la souffrance à l’amour …

Cette crèche se trouve en Irak, dans la ville d’Erbil où tant de famille viennent chercher refuge. Elles ont tout quitté parce qu’elles voulaient rester fidèles à leur foi, parce qu’elles cherchent la paix.

« De l’attente à l’espérance …

Au loin un enfant attend. Son regard semble scruter l’immensité de la vie. Il s’approche, portant comme un trésor, cette flamme fragile. Fragile comme un nouveau-né. 

Dans la profonde nuit de Galilée voici plus de 2000 ans, l’Évangile rapporte que des bergers entendirent ces paroles : « Soyez sans crainte… Aujourd’hui vous est né un sauveur qui est le Christ Seigneur. »

« Ce nouveau-né a, lui aussi, fui la barbarie et la mort. Il a connu l’exode… Il demeure le signe de toutes les espérances humaines, de l’amour qui resplendit dans la chaîne ininterrompue de la vie. »

 

Notre monde est empêtré dans ses contradictions.

D’un côté ceux qui ne veulent pas entendre parler de symboles religieux, qui, selon eux, attentent à une certaine forme de liberté sous prétexte de « laïcité ».

De l’autre, parfois aussi les mêmes, ceux qui, pour des motivations que l’on ne comprend pas très bien, manifestent une « vague » sensibilité à l’égard des chrétiens persécutés, en Irak et en bien d’autres points du globe… mais sans plus.

Où est la cohérence ?

J’y vois plutôt l’incohérence du « politiquement correct» qui s’accorde avec l’incohérence des convictions.

Mais pour tant de chrétiens installés dans le confort et la passivité qui n’ont plus le courage d’affirmer leur foi c’est un peu comme si « tout ça » n’était rien d’autre que la mémoire historique enfouie sous les strates de l’indifférence … avant de sombrer dans l’oubli.

 J’emprunte les derniers mots au pape François :

« Il est salutaire de se souvenir des premiers chrétiens et de tant de frères au cours de l’histoire qui furent remplis de joie, pleins de courage, infatigables dans l’annonce et capables d’une grande résistance active. Il y en a qui se consolent en disant qu’aujourd’hui c’est plus difficile ; cependant, nous devons reconnaître que les circonstances de l’Empire romain n’étaient pas favorables à l’annonce de l’Évangile, ni à la lutte pour la justice, ni à la défense de la dignité humaine. A tous les moments de l’histoire, la fragilité humaine est présente, ainsi que la recherche maladive de soi-même, l’égoïsme confortable… ».[3]

 C’est toujours Noël, le joyeux message de la Nativité, prélude à une nouvelle année que je souhaite à chacun belle et remplie d’espérance… l’espérance de Noël et de son inestimable message dont l’actualité échappe au cours du temps qui passe.

2014.12.25 – 2015.01.01

 

 

 

[1]http://fr.radiovaticana.va/news/2014/12/23/et_incarnatus_est_de_mozart_pour_la_messe_de_la_nuit_de_no%C3%ABl_%C3%A0_saint-pierre/1115847

[2] http://www.ouest-france.fr/editorial-joyeux-noel-3080303

[3] La joie de l’Evangile, 263 in http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/apost_exhortations/documents/papa-francesco_esortazione-ap_20131124_evangelii-gaudium.html


Bréhat - Le soir et coucher de soleil (35.panorama Force 0)En Bretagne

 

Marc, 1, 35-37

Au bord du lac de Tiberiade (6.2)

 

 

 

 

 

35       Le matin, s’étant levé longtemps avant le jour, il sortit, s’en alla dans un lieu désert, et là il priait.

36       Simon et ceux qui étaient avec lui se mirent à sa recherche;

37       et l’ayant trouvé, ils lui dirent : « Tout le monde te cherche. » 

 Au bord du lac de Tibériade [Jérusalem, 2006]

 

Y a quelqu'un

[1]J’ai lu quelque part : « Dieu existe, je l’ai rencontré ! »

Ca alors ! Ça m’étonne !

Que Dieu existe, la question ne se pose pas ! Mais que quelqu’un l’ait rencontré avant moi, voilà qui me surprend !

Parce que j’ai eu le privilège de rencontrer Dieu juste à un moment où je doutais de lui !

Dans un petit village de Lozère abandonné des hommes, il n’y avait plus personne.

Et en passant devant la vieille église, poussé par je ne sais quel instinct, je suis rentré…

Et, là, ébloui… par une lumière intense…insoutenable !

C’était Dieu… Dieu en personne, Dieu qui priait !

Je me suis dit : « qui prie-t-il ? Il ne se prie pas lui-même ? Pas lui ? Pas Dieu ? »

Non ! Il priait l’homme ! Il me priait moi ! Il doutait de moi comme j’avais douté de lui !

Il disait : Ô homme ! Si tu existes, un signe de toi !

J’ai dit : Mon Dieu, je suis là !

Il dit : Miracle ! Une humaine apparition !

Je lui ai dit : Mais mon Dieu…comment pouvez-vous douter de l’existence de l’homme, puisque c’est vous qui l’avez créé ?

Il m’a dit : Oui…mais il y a si longtemps que je n’en ai pas vu dans mon église…que je me demandais si ce n’était pas une vue de l’esprit !

Je lui ai dit : Vous voilà rassuré, Mon Dieu !

Il m’a dit : Oui ! Je vais pouvoir leur dire là-haut : « L’homme existe, je l’ai rencontré ! »

Raymond Devos

… Oui, c’est vrai « Tout le monde te cherche… ! »

Y a quelqu'un Même une personne qui se dit « Citoyenne du monde libre » et qui avoue « Je vote Front de gauche ! » [2]

PS : Je ne connais pas cette personne mais il est intéressant de trouver ce texte avec des commentaires … même s’il faut bien avouer que le chemin est long.

[1] http://www.dailymotion.com/video/xafxz4_tremplin-croire-en-dieu-sketch-de-r_webcam

[2] http://citoyennedumonde.hautetfort.com/archive/2006/07/12/dieu-existe-je-l-ai-rencontre.html

 

Mon cher cousin,

En plein été dans Le Monde Festival[1] on pouvait lire dans la rubrique « Des personnalités racontent une histoire singulière qu’elles ont eue avec « Le Monde », datée du 2014.08.28, cette chronique qui fait un retour sur un article que j’ai eu l’occasion de commenter dans un de mes courriers précédents : « En attendant un conclave »[2].

Solange Bied Charreton.2

 

Quel  n’est pas mon étonnement à la lecture de cette chronique estivale d’en apprendre un peu plus sur son auteur, Solange Bied-Charreton et surtout sur sa déconvenue quant à l’accueil plus que mitigé de son article dans les médias.

Le chapeau de la chronique est celui-ci : « 28 février 2013 : Benoît XVI renonce à sa charge. Très vite se pose la question de sa succession : qu’attend-on du nouveau pape ? Pour la première fois, Solange Bied-Charreton, jeune romancière catholique, s’exprime dans « Le Monde ».

Ainsi donc Solange Bied-Charreton est classée comme « une jeune romancière catholique ».

Avant de revenir sur la chronique de cette « histoire singulière » la concernant, intitulée « Le jour où Solange Bied-Charreton vexe les catholiques dans « Le Monde », permets-moi de faire un détour pour essayer de cerner la personnalité de Solange Bied-Charreton.

N’ayant lu aucun de ses livres et n’ayant aucune autre référence sur l’auteur que les articles du Monde, j’ai erré sur la toile à la recherche de quelques éléments d’orientation. Tu me rétorqueras qu’avant d’aller plus loin je devrais au moins lire quelques pages de ses livres ! A quoi je te répondrai que je pense en savoir déjà assez pour m’en faire une opinion sinon définitive, du moins bien documentée. Ses articles en disent long sur elle-même.

Ainsi, j’ai rencontré un personnage au parcours somme toute plutôt banal[3] et qui ne sort pas des sentiers battus. Des études honorables, sans plus. Mais il n’est pas nécessaire d’avoir fait un parcours brillant et exceptionnel pour accéder à la notoriété.

J’ai aussi trouvé sur un blog cette note critique de son premier roman « Enjoy », signé par François Maillot, PDG de La Procure.

Enjoy Bied-Charreton-Solange

« Il est difficile d’écrire sur les livres des amis, surtout lorsqu’il s’agit de romans. Non pas pour une médiocre affaire de complaisance et de renvoi d’ascenseur (Solange et moi ne connaissons comme ascenseur que celui de la petite Thérèse) … En faisant résolument basculer son histoire vers une humanité cabossée mais réellement vivante, à laquelle Charles et Gauthrin finiront par aspirer, Solange Bied-Charreton laisse la place à une réelle compassion, sans pathos ni mouchoirs, juste suggérée à l’attention du lecteur réellement présent à ce qu’il lit. C’est alors, la béance du vide de ce monde sans Dieu et dont l’humanité s’expulse elle-même qui apparaît. Se dessine enfin ce portrait de l’homme en marche vers sa destinée : une quête de Dieu, d’amour, de rédemption l’habite inexorablement. Il n’aura de repos de l’avoir trouvé. »[4]

Tu l’auras bien compris, et si tu suis avec attention mes courriers, je cherche la présence de Dieu dans la vie de ces personnes dont je parle, des vivants et des disparus.

Tu comprendras aussi ma surprise à la lecture de la chronique intitulée « Le jour où Solange Bied-Charreton vexe les catholiques » dans « Le Monde ».

J’y viens ! Je dois avouer qu’à la relecture de l’article du Monde paru en 2013 et la chronique qui lui fait suite plus d’un an après je ne parviens pas à émerger d’une grande perplexité. Je ne prétends pas connaître Solange Bied-Charreton sinon par ces quelques bribes de commentaires sur elle-même et sur ses écrits.

Je relève quand même ces quelques phrases : « Quand on m’a demandé d’écrire sur le pape, j’ai craint de voir mon rôle se réduire à celui d’un auteur chrétien… Une jeune catholique qui fait de l’humour, ça ne correspond pas à la case dans laquelle on a rangé l’Eglise ».

J’ignore à vrai dire tout de la foi de celle qui s’intitule une « jeune catholique qui fait de l’humour », d’autant plus qu’elle avoue aussi : « Je ne souhaitais pas parler de ma foi, ni de celle des autres. » Mais quand même, et sans entrer dans la polémique que son article a suscitée, il n’était pas évident à comprendre et moins encore cet « humour catholique » -j’avoue humblement inventer la formule en torturant peut-être un peu la sienne- et la tentative de justification récente ne me semble pas très convaincante.

Quand en 2013 Benoît XVI renonce à la fonction pour laquelle il a été élu en 2005 pour succéder à Jean Paul II, c’est une sorte de bombe à retardement qui explosera quand son successeur sera élu, un « inconnu » du monde médiatique, même si, comme il est normal, on le découvre peu à peu et on découvre aussi une personnalité hors du commun, surtout pour la fonction qu’il est appelé à exercer à la tête de l’Église catholique. A son sujet j’ai lu un long entretien qu’avait accordé le cardinal Jorge Bergoglio[5]. J’en ai déjà parlé dans l’article précédent http://www.calamus-scriptorius.org/adios-a-dios/ . Personnellement je n’aime pas le titre de la version traduite « Je crois en l’homme » car il peut être lu d’une manière ambiguë. Mais le contenu lui-même est très intéressant, surtout quand on lit cet entretien, qui date de 2010, en 2014 après plus d’un an de pontificat du pape François.

Je reviens à Solange Bied-Charreton.

Aujourd’hui, on peut rire de tout, se moquer, même ridiculiser, et on ne s’en prive pas quand il s’agit de l’Église et des personnes qui exercent une responsabilité parce qu’elles sont en vue. Et en particulier le pape. Le pape François échappe peut-être à la férocité médiatique dont a été victime son prédécesseur. Ses origines, son style de vie comme celui de sa communication, étonnent. Il est vrai qu’il laisse moins de prise aux médias par sa simplicité, son côté direct et sans apprêt. J’aime beaucoup  sa façon « uppercut » de renvoyer les uns et les autres qui ont bien du mal à trouver un angle d’attaque. Solange Bied-Charreton était prophète à sa façon en appelant de ses vœux « un pape ringard »[6].

Mais je trouve sa tentative de justification récente étonnante. « Alors, en dressant le portrait d’un pape à la mode, pour mieux réclamer un pape traditionnel ensuite, j’ai fait quelque chose d’ironique pour pousser le sujet à son paroxysme. Je croyais que la critique serait favorable. Sur un blog, cela n’aurait pas eu un tel retentissement, mais là, il s’agissait du Monde. »

Eh oui, chère Solange, vous avez peut-être eu le tort de prendre comme tribune les colonnes du Monde. D’Henri Fesquet à Stéphanie Le Bars en passant par Alain Woodrow et Henri Tincq, on ne peut pas dire que l’Église a fait l’objet d’un traitement de faveur. Elle a été plutôt mal-traitée et aussi bien maltraitée. Et je pourrais poursuivre, mais cela prendrait trop de temps et nécessiterait un article à part entière, sur ce chapitre de la façon dont sont considérées la religion, l’Église et la pratique religieuse dans les médias.

Vous concluez vos confidences d’auteur outragée[7] par ces mots : « Le pape François, lui, s’attaque à la finance, ce qui est admirable. De nombreux catholiques sont libéraux, ce qui me semble inconciliable avec leurs convictions. Etre catholique, c’est avoir le sens de la communauté avant d’avoir le sens de l’individu. Jésus n’était-il pas un socialiste primitif ? Il se battait contre l’individualisme. »

Je ne me livrerai pas à un commentaire de plus de cette conclusion sinon pour dire qu’on se livre souvent à de nombreux contre sens sur l’ « être catholique ».

Il me semble que, plutôt que de réinterpréter ce que fait l’Église depuis 2000 ans à partir de considérations spatio-temporelles et historiques, il faudrait commencer, en 2014, par ouvrir le Nouveau Testament et le lire sans a priori, sans les parasitages intellectuels de la modernité. Et ensuite vouloir sincèrement prendre connaissance du discours que tient l’Église depuis les origines sur ces sujets qui sont pris comme des chevaux de bataille, comme s’il s’agissait de simples « faits de société » sur lesquels elle se tromperait depuis des siècles.

« Je me sens plus légataire de Charles Péguy et Georges Bernanos, intellectuels engagés et catholiques, que de la vie paroissiale chrétienne au sens strict, ou du catholicisme mondain. Or, être un intellectuel catholique en France est très difficile. C’est un milieu qui manque d’audace. »

Je ne prendrai pas position sur cet héritage que vous revendiquez. En revanche je suis bien d’accord avec vous pour dire que les intellectuels français manquent d’audace. … Et surtout pour affirmer leur catholicisme qui ne peut s’en tenir à une attitude seulement intellectuelle.

Quant à revendiquer l’identité d’ « intellectuel catholique » … c’est en effet bien audacieux !

Pizzicatho

2014.09.21

[1] http://www.lemonde.fr/festival/projet.html

[2] http://www.calamus-scriptorius.org/wp-admin/post.php?post=55&action=edit & http://www.calamus-scriptorius.org/wp-admin/post.php?post=64&action=edit

[3] http://www.reussirmavie.net/Solange-Bied-Charreton-elle-a-choisi-d-ecrire_a1926.html

[4] http://www.blog-laprocure.com/chroniques-de-nos-libraires/solange-bied-charreton-enjoy/

[5] http://wujacongress2013.com/fr/el-congreso-2/noticias/546-el-jesuita-conversaciones-con-el-cardenal-jorge-bergoglio,-sj

et dans la version française http://www.famillechretienne.fr/livres/foi/pape-et-vatican/je-crois-en-l-homme-conversations-avec-jorge-bergoglio-105707

[6] http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/02/je-veux-un-pape-ringard_1841822_3232.html

[7] … ce n’est pas une faute d’accord. C’est volontaire car je n’aime pas la féminisation qui se traduit simplement par l’ajout d’un « e » aux mots traditionnellement masculins mais qui peuvent se lire sans complication aussi bien au masculin qu’au féminin sans aucune discrimination et sans affront à l’égalité.

Mon cher cousin,

Tu vas sûrement me répliquer, à lire mes plus récents courriers, que je m’intéresse plus à la chronique nécrologique qu’à la vie des personnes.

Au risque de paraître d’une affligeante banalité je dirais qu’on meurt comme on a vécu… et dans cette perspective la mort interroge la vie. Je me place ainsi, si tu veux bien, dans la perspective de l’éternité et du sort qui attend tout un chacun. Je sais bien que beaucoup de personnes – en apparence du moins – ne semblent pas trop se préoccuper de ce qui se passera après. Heureusement, cette affirmation  n’est pas vraie dans l’absolu, ce serait au fond vivre avec comme tout objectif de l’existence  une sorte de désespérance.
Tu voudras bien comprendre, – évidemment ce n’est pas gagné, te connaissant ! –  qu’un tel objectif est tout le contraire de l’espérance chrétienne, vertu théologale. Ainsi vivent ceux qui n’ont pas d’autres aspirations que celles qu’ont tous les hommes pour qui tout se limite, hélas le plus  souvent, à l’apparence du monde présent sans perspective surnaturelle. Après la mort ? Rien !

« Je suis morte cliniquement plusieurs fois et je peux vous dire qu’il n’y a rien! Et c’est bien rassurant! Ce qui m’inquiéterait, c’est l’idée d’une âme toute seule, tournoyant dans les airs, et qui hurlerait à la mort dans le noir absolu. Je n’ai pas le même point de vue sur la mort que ceux qui ne l’ont jamais vue de près. Avoir entrevu la mort lui enlève beaucoup de prestige. Du coup, je suis peut-être une des personnes au monde qui a le moins peur de la mort. »[1]

La citation est  assez typée, à la fois bien dans le style de l’auteur et le reflet d’une vie bien triste … « Bonjour tristesse »… Je l’abandonne sans autre commentaire.

Je reviens à mon introduction : « … la chronique nécrologique ».

Il est vrai que j’ai déjà écrit des lettres à propos de la disparition de plusieurs personnalités : Nelson Mandela, le chef d’orchestre Claudio Abbado, l’écrivain, journaliste et dessinateur humoristique Cavanna… Et maintenant vient le tour de Gabriel García Marquez dont la disparition est annoncée dans le journal Le Monde en date du 2014.04.17 sous le titre :  » Mort de Gabriel García Marquez, légende de la littérature ».

Comme tu peux bien le penser et comme à chaque fois, je cherche dans la biographie du disparu la trace de la présence de Dieu dans sa vie. Tu vas me rétorquer que c’est une obsession, mais tu as bien dû comprendre, depuis que nous correspondons, que sans être une « obsession », c’est réellement le seul sujet intéressant parce que, n’en déplaise à tous les athées, agnostiques, mécréants et autres indifférents de la terre, toute notre vie, la leur y compris, en dépend.

Juste quelques précisions d’ordre personnel avant d’entrer dans le vif du sujet.

J’ai toujours été attiré par l’Amérique latine, du Mexique à la terre de feu. Ses cultures très anciennes et multiformes, son histoire mouvementée et qui n’en finit pas de bouger, ses montagnes, ses extrêmes … m’ont toujours fasciné. Peut-être aussi le dois-je à des rencontres que j’ai faites avec des personnes originaires de plusieurs pays d’Amérique latine qui m’ont profondément marqué. A commencer par un de mes professeurs de langue espagnole ancien attaché culturel d’ambassade pendant plusieurs années, qui m’a inculqué ce souffle latino-américain. Ainsi, après avoir appris les rudiments nécessaires du castillan un peu rocailleux, j’ai été introduit à la littérature latino-américaine et aussi, par le biais de la langue parlée, à ses accents si divers et si mélodiques qui chantent en même temps qu’ils parlent chez les personnes originaires de tous ces pays. Je n’ai cependant pas la prétention de te faire croire que je suis  un connaisseur érudit de cette littérature.

La disparition de Gabriel G. Marquez m’a donc conduit à me pencher sur une autre dimension  de l’Amérique latine. Il n’est pas nécessaire d’être un grand spécialiste pour se rendre compte à quel point l’Amérique latine a marqué les esprits occidentaux, notamment à cause de l’emprise qu’ont eue sur toutes ces nations les idéologies nées en Europe. Elles ne sont pas sans responsabilité sur les événements qu’elles ont traversés au milieu des multiples convulsions où les ont entraînées de nombreuses révolutions.

L’héritage de 1492 n’est pas toujours vu sous un angle favorable. Il ne s’agit pas ici de refaire l’histoire pour en tirer des conclusions péremptoires voire définitives. La mode est aujourd’hui au rejet viscéral de ce qu’une certaine vision de la culture occidentale aurait apporté pour leur malheur à des civilisations qui n’étaient pas sans richesse.

Je reviens à Gabriel G. Marquez…  à propos d’une réflexion  personnelle tirée d’un entretien où il se confiait : « Je suis un romancier, disait-il, et nous, les  romanciers, ne sommes pas des intellectuels, mais des sentimentaux, des émotionnels. Il nous arrive à nous, Latins, un grand malheur. Dans nos pays, nous sommes devenus en quelque sorte la conscience de notre société. Et voyez les désastres que nous provoquons. Ceci n’arrive pas aux Etats-Unis, et c’est une chance. Je n’imagine pas une rencontre au cours de laquelle Dante parlerait d’économie de marché. »[2]

De lui aussi, parmi d’autres formules rassemblées sous le titre « 13 conseils pour la vie » : « Peut-être que Dieu souhaite que tu connaisses beaucoup de mauvaises personnes, avant de connaître la bonne personne, afin que tu puisses être reconnaissant lorsqu’enfin, tu la connaîtras. »

… La seule trace de Dieu dans l’œuvre de G. G. Marquez ? Je n’ai pas lu G. G. Marquez. Je n’ai pas poussé la curiosité pour sonder le personnage sous cet angle.

J’ai lu récemment ces propos du cardinal Jorge M. Bergoglio[3] (… pour mémoire je te rappelle qu’il est mieux connu sous le nom de François, le pape François). Dans un chapitre que l’édition française intitule « J’aime aussi le tango », les deux journalistes lui posent une série de questions à la manière du questionnaire de Proust.

  • « Un lieu dans le monde ?
  • Buenos Aires.
  • Une personne ?
  • Ma grand-mère.

  • Une œuvre littéraire ?
  • La poésie de Hölderlin m’enchante. Egalement un grand nombre d’ouvrages de littérature italienne.

  • « Borges, vous l’avez fréquenté ? »
  • Et comment ! Borges avait le don de parler pratiquement de tout sans s’esquiver. C’était un homme d’une grande sagesse, un homme très profond. Borges m’a laissé l’image d’un homme qui, dans la vie, remet les choses à leur place, range les livres dans les rayons, en bon bibliothécaire qu’il était.
  • Borges était agnostique !
  • … Un agnostique qui récitait chaque soir le Notre Père, car il l’avait promis à sa mère. … Et qui mourut assisté religieusement. »

Tu vas me dire : « Quel rapport entre Gabriel G. Marquez, J.L. Borges et le pape François ?

Nous y voilà : « Et Dieu dans tout ça ? » Marquez, Borges mais tant d’autres qui font partie du patrimoine culturel de l’Amérique latine ont subi l’influence de cet agnosticisme que l’occident a introduit dans des civilisations qui avaient su intégrer aux leurs les valeurs chrétiennes mais aussi des sources d’inspiration culturelle dans de nombreux domaines artistiques et cela sans renier leurs propres racines.

On a voulu faire croire, par suite d’excès et de brutalités indéniables et inexcusables dont les premiers responsables ne sont pas les missionnaires mais des soldats et des aventuriers cupides et brutaux, que l’introduction du christianisme avait détruit les grandes civilisations latino-américaines.

On pouvait lire[4] « Après la conquête par les Espagnols, sculpteurs et artisans, aztèques et incas, devront mettre leurs talents au service d’un Dieu unique et chrétien. Quelques symboles de la nature subsistent sur des crucifix en pierre : l’art aztèque se survit à lui-même, mais sans plus jamais livrer de chefs-d’œuvre. » [Véronique Prat, Le Figaro Magazine, Les chefs-d’œuvre d’un monde brisé, 27/01/2007]

S’il y avait une parcelle de vérité dans ce cliché du prêt-à-penser brut de décoffrage, resterait-il aujourd’hui dans le patrimoine culturel de ces nations autant d’authentiques  trésors en littérature, en musique, en peinture, en architecture … etc.

Il faudra beaucoup, de temps pour que les contrevérités laissent enfin la place à ce qui est démontré en Amérique latine, peut-être mieux et davantage que partout ailleurs : le christianisme, ici d’origine espagnole et portugaise, s’est bien réellement intégré au contact de ces nouvelles cultures qu’il a rencontrées. Mais la caricature du conquérant destructeur véhiculée par certains milieux intellectuels persiste, entretenue par les idéologies inconsistantes de la culture pure et autonome qui a tout à perdre du contact avec d’autres civilisations.

Il faudrait plus de temps et des exemples pour l’illustrer.

Que quelques références me suffisent pour battre en brèche l’insupportable désinformation médiatique qui ne sert ni la civilisation occidentale tellement vautrée dans son orgueil qu’elle se renie elle-même ni les civilisations qu’elle a rencontrées et qui, sous prétexte d’authenticité, sont sommées par des diktats idéologiques prétendument libérateurs, de renoncer, au moins intellectuellement, à des pans entiers de leur patrimoine culturel qui s’est pourtant construit dans un subtil métissage des cultures.

L’architecture religieuse et profane  se sont rencontrées et ont donné des trésors qui sont désormais inscrits au Patrimoine Mondial.

Par exemple on doit beaucoup au travail du jésuite suisse Martin Schmid (1694-1772), architecte et musicien-organiste qui fut le véritable créateur de la très belle architecture des églises de mission édifiées dans le style Baroque Métis.

Mission jésuite de Chiquitos Bolivie Eglise San Javier

Dans le domaine musical, le patrimoine est tout aussi riche. Les plus grands spécialistes contemporains, Jordi Savall, Gabriel Garrido entre autres, contribuent avec talent et grâce à leurs recherches approfondies, à mettre en valeur ce très riche patrimoine. Leurs enregistrements somptueux ne contrediront pas le fait qu’il existe une authentique symbiose des traditions musicales. La tradition mélodique occidentale de la liturgie catholique mais aussi profane a emprunté aux traditions locales pour donner des œuvres d’une grande beauté et d’une grande originalité qui portent la signature très colorée de leur origine.

En Europe comme en Amérique latine des festivals attestent que ces musiques sont bien vivantes et que nul ne renie leur origine dans le métissage des cultures et des traditions.

A bientôt pour une autre chronique.

                                                           Pizzicatho

2014.04.18

 

[1] Denis Wetshoff, François Sagan, ma mère Editions Flammarion 2012

[2] http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2014/04/17/l-ecrivain-gabriel-garcia-marquez-est-mort_4401388_3382.html

[3] Sergio Rubin – Francesca Ambrogetti – « El Jesuita. Conversaciones con el cardenal Jorge Bergoglio sj. » (2010) En édition française Flammarion, Paris, 2013 sous le titre « Je crois en l’homme ».

[4]  http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2007/01/26/01006-20070126ARTMAG90562-les_chefs_d_oeuvre_d_un_monde_brise.php

 

Bon anniversaire !

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Il y a toutes sortes de prophètes :

  • Ceux qui « inspirés par Dieu, parlent en son nom pour faire connaître ses volontés… ». Ils sont bien peu nombreux.
  • Les « faux prophètes » plutôt conduits par leur propres « démons »  et « qui induisent le peuple en erreur ».
  • Les « prophètes de malheur « qui prédisent des choses funestes et désagréables ».
  • Ceux  qui jouent au « personnage important qui annonce l’avenir par voie de conjecture ». Ce sont des « prophètes qui n’y croient pas trop mais qui réagissent face à un événement d’envergure historique comme s’ils étaient mandatés par une inspiration et « qui annoncent des événements à venir (en général) ». Ces derniers ont une certaine propension à prendre leurs désirs pour la réalité même s’ils sont conscients (on peut l’espérer) que la réalité sera vraisemblablement distincte. Généralement ils reviennent a posteriori sur leurs « prophéties » pour les justifier… Ils ont toujours eu raison avant tout le monde.

Bon anniversaire ?

Rappelez-vous, il y a un an «l’entre-deux-papes » laissait les médias, et aussi à vrai dire tout le monde, abasourdis par la renonciation inédite de Benoît XVI.

Des « prophètes » se sont tout d’un coup levés en foule … Je voudrais revenir sur certaines de ces prophéties rédigées d’ailleurs sur le mode d’une aspiration véhémente au changement.

Je prends le risque de me répéter mais tant pis[1] avec le recul d’un an les propos restent toujours emblématiques de « la névrose obsessionnelle anti papale » qui sévit dans certains médias. Ainsi pouvait-on lire sous la griffe de Solange Bied-Charreton[2] les souhaits suivants, le pape qu’elle appelait de ses vœux (je doute quand même de la sincérité de ses « vœux » d’un nouveau pape !) : « Que le nouveau pape soit différent des autres. Nous voudrions d’un pape qui soit à notre image. Nous voudrions d’un pape à la portée de tous. Un pape si possible moins ancré dans le passé. Un pape assez ouvert pour discuter avec nous, par messagerie instantanée. Un pape pour régler tous nos problèmes de couple. Un pape trendy, qui laisserait un peu la théologie de côté. Un pape qui transforme les églises en espaces de prière et les confessionnaux en espaces détente. Un pape qui se la coule douce. Un pape de tolérance, un pape de résistance. Un pape que tu peux appeler quand  t’as pas le moral. Un pape jeune et fort. Un pape grand et beau. Une image positive, c’est mieux pour faire passer le message. Un pape pas toujours habillé pareil. Un pape qui se prend pas la tête. Ou, mieux, un pape vintage, un pape dans son jus. Un pape customisé, en vitrine. Un pape souriant sur une affiche dans ma cuisine, Un pape qui réinvente, un pape qui redécouvre, un pape qui revisite un peu le modèle papal. Un pape en papier peint, ambiance vide-grenier, qu’on achète d’occasion. Le pape est le meilleur ami de l’homme. »

         Et de poursuivre sur le même ton faussement décalé : « Un pape old school, qui tient la porte aux dames, envoie des bouquets de fleurs, n’a toujours pas de portable. Comment, en 2013, est-ce Dieu possible ? Un pape de galanterie, qui vouvoie tout le monde. Qui écoute Jean-Sébastien Bach et qui reçoit des fax. Un pape qui ne regarde vraiment pas vers l’avenir. Un pape en retard. Je veux un pape contre qui se révolter. Je veux un pape qu’on puisse tous détester avec la même énergie. Je réclame un pape contre qui faire des manifs. Un pape avec un nom qui sonne bien dans les slogans. Je veux pouvoir casser du pape. Comment existerais-je si je ne puis contester le monde ancien, m’affirmer sans avoir à détruire des siècles et des siècles d’histoire ? Je ne voudrais pas mourir avant d’avoir pourri tous les hommes du passé, leurs idées courtes et leurs pratiques obscures, leurs modes de vie sans hygiène, leur patois, leurs quolibets douteux et leurs jeux de mots nationalistes, leur sexisme insoutenable, leur cruelle sauvagerie. Je voudrais exister tant que je peux, et on ne m’a pas appris à le faire autrement. Alors j’aimerais autant que l’ennemi soit identifiable, merci d’avance. »

Oui, je sais c’est plus qu’une citation, c’est carrément de l’usurpation, du pillage. Ma foi tant pis, il vaut le coup de relire cette prose épicée un an après quand un nouveau pape est installé et qu’il a conquis la planète, même les plus réfractaires (enfin pas tout à fait quand même).

Au moins sur un point elle doit être satisfaite : « J’aimerais que l’ennemi soit identifiable ! »

Quant à moi j’avais aussi émis des vœux. Je voulais un pape, et je le voulais vraiment de toutes mes forces. Alors je l’ai aussi imaginé[3].

…/…

Un an plus tard.

La « force tranquille » : telle est « l’image » qui me vient à l’esprit, qui a été popularisée par un autre François, mais « toute ressemblance avec des personnages ou des situations existant ou ayant existé ne saurait être que fortuite ».

Les « prophètes », les « sibylles », les « pythies » se sont encore exprimés, mais cette fois pour évaluer le bilan à un an. C’est la coutume de dresser le bilan à échéance des grands responsables comme des institutions.

Il varie selon l’angle de vue, la lumière portée, l’état de l’âme …

Trop de points à commenter dans cette profusion d’articles … Je me limiterai à relever les principaux qui ont « accroché » mon attention avec une grille librement établie au fil des lectures.

Alors, François, le pape premier du nom ?

  • « Par ses gestes, ses phrases-chocs, sa décontraction et des priorités plutôt consensuelles – attention aux pauvres, miséricorde, ouverture de l’Église sur les « périphéries » –, le nouvel élu, François, l’a éclipsé (le pape devenu émérite, Benoît XVI), attirant sur l’Église catholique une lumière dont elle n’avait pas bénéficié depuis des années. Le style, rigide et ampoulé, de Benoît XVI, sa vision du monde et de l’Église, sombre et alarmiste, ses écrits, complexes, ses expressions malheureuses, avaient fini par rendre son message inaudible, incompris, voire rejeté par une partie des catholiques. L’Église a visiblement trouvé avec François un messager plus convaincant, une « autorité morale » qui parle aussi aux non-croyants »[4].

Ce style convenu qui accumule brut de décoffrage les habituels griefs faits à Benoît XVI dont on n’a probablement pas lu -ou en tout cas jamais dans leur intégralité- les écrits d’une richesse incomparable sur les sujets les plus actuels, avec une lucidité inégalée, ne doit cependant pas impressionner. Il ne faudrait pas se laisser abuser par un ton soudain faussement bienveillant qui passe par un filtre calibré dont on aimerait connaître l’étalonnage. Je ne sais pas si la journaliste signataire a déjà entendu parler d’une parabole bien connue, celle du semeur qui décrit cet homme parti pour semer sa semence et les différents terrains qui reçoivent la semence[5]. Et j’attire son attention sur le verset 13.

  • « Le retentissement de ses prises de parole brouille la perspective. Comme si Benoît XVI avait emporté dans sa retraite des années de discours de l’Église ; et comme si François reprenait les choses de zéro. Une plongée dans les textes des deux hommes prouve que tel n’est pas vraiment le cas. Car François, faut-il le rappeler, fait sienne l’entièreté des enseignements de l’Église. »

Je m’étonne que l’on s’étonne de cette fidélité à un enseignement toujours confirmé, qui suit le droit fil du message de celui dont il est le vicaire. A ce propos me viennent à l’esprit ces quelques lignes tirées de « Paroles » : « Le pape est mort, un nouveau pape est appelé à régner. Araignée ! Quel drôle de nom ! Pourquoi pas libellule ou papillon ? » L’iconoclaste de service, Jacques Prévert, n’aurait pas renié cette façon de présenter la succession.

Dans un autre article c’est le même étonnement :

  • « Mais il ne faut pas s’y tromper : si François révolutionne nombre d’habitudes vaticanes, tout, chez ce pape, n’est pas révolutionnaire. Sa doctrine globale est identique à celle de ses prédécesseurs, qu’il s’agisse de la morale sexuelle, du célibat des prêtres, de la place de la femme, des questions éthiques et bioéthiques… Il a, par exemple, récemment défendu l’idée d’un « statut juridique pour l’embryon ». « S’il est vrai qu’il a changé la façon de faire le pape, il ne changera pas les contenus », confirme le cardinal allemand Walter Kasper… »[6]

Mais enfin est-ce-que l’Église a encore le droit d’être l’Église ? A-t-elle le droit d’avoir une parole (et aussi la parole) ?

  • Parmi les sujets les plus récurrents sur lesquels tous les médias insistent pesamment, faut-il le préciser, se trouvent ceux qui concernent l’éthique avec un regard plutôt appuyé sur tout ce qui concerne la sexualité. J’ose à peine parler de « sexe » car c’est en fait sous cet angle, exclusivement anatomique, que les choses sont le plus souvent présentées. On entasse en vrac sur un mode apparemment consensuel les « questions éthiques » et suit le catalogue bien connu « des questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel ou à l’utilisation des méthodes contraceptives »[7].

Et de relever dans la foulée la réponse du pape François : « Il s’agit d’une question qui regarde la cohérence interne de notre message, on ne doit pas s’attendre à ce que l’Église change de position sur cette question ». Alors sans doute on se satisfait qu’il ait opté pour une attitude qui est interprétée en rupture avec les discours antérieurs : ne pas parler en permanence de ces sujets. Comme si ce choix sous-entendait comme un début de changement vers une plus grande « souplesse » dans la position morale de l’Église sur ces mêmes sujets.

            « Je n’ai pas beaucoup parlé de ces choses [l’avortement, le mariage homosexuel, les méthodes contraceptives] et on me l’a reproché. Mais lorsqu’on en parle, il faut en parler dans un contexte. La pensée de l’Église nous la connaissons et je suis fils de l’Église, mais il n’est pas nécessaire d’en parler en permanence. »[8][9].

Et en introduction du même paragraphe il disait : « Nous ne pouvons pas seulement prendre position sur ces questions. »

Un grand chantier est en cours sur toutes ces questions : il est urgent d’attendre !

Comme quoi ce pape n’est pas si facile à saisir et, s’il en a une, sa « tactique » en surprendra plus d’un.

Dans l’entretien qu’il a accordé A. Spadaro s.j. directeur de La Civiltà Cattolica,  le pape François dessine le profil de ce que la revue Etudes intitule « Un nouveau style d’Église »[10]

On peut lire ces quelques perles qui permettent de discerner ce nouveau style :

  • « Nous ne devons pas réduire le sein de l’Église universelle à un nid protecteur de notre médiocrité. »
  • Et d’expliciter d’où lui vient cette conviction presque en introduction répondant à la question « Que signifie pour un jésuite d’être élu Pape ? » « J’ai toujours été frappé par la maxime décrivant la vision d’Ignace : « Non coerceri a maximo, sed contineri a minimo divinum est ». J’ai beaucoup réfléchi sur cette phrase pour l’exercice du gouvernement en tant que supérieur : ne pas être limité par l’espace le plus grand, mais être en mesure de demeurer dans l’espace le plus limité. Cette vertu du grand et du petit, c’est ce que j’appelle la magnanimité. A partir de l’espace où nous sommes, elle nous fait toujours regarder l’horizon. C’est faire les petites choses de tous les jours avec un cœur grand ouvert à Dieu et aux autres. C’est valoriser les petites choses à l’intérieur de grands horizons, ceux du Royaume de Dieu ».
  • Sur un sujet qui focalise artificiellement toutes les crispations, l’homosexualité : « les journalistes ont beaucoup parlé du coup de téléphone que j’ai donné à un jeune homme qui m’avait écrit une lettre. Je l’ai fait parce que sa lettre était si belle, si simple. Lui téléphoner a été pour moi un acte de fécondité. Je me suis rendu compte que c’est un jeune qui est en train de grandir, qui a reconnu un père…»
  •  L’Église : « Je la vois comme un hôpital de campagne après une bataille. … Nous devons soigner les blessures » … mais en évitant deux écueils « … être trop rigide ou trop laxiste ».
  • Les pasteurs : « Les ministres de l’Évangile doivent être des personnes capables de réchauffer le cœur des personnes, de dialoguer et cheminer avec elles, de descendre dans leur nuit, dans leur obscurité, sans se perdre. » Et un peu plus loin « Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Une pastorale missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines à imposer avec insistance ».
  • Une théologie approfondie « du féminin » … et non « au féminin » : « Je crains la solution du “machisme en jupe” car la femme a une structure différente de l’homme. Les discours que j’entends sur le rôle des femmes sont souvent inspirés par une idéologie machiste ».
  • L’enseignement doctrinal de l’Église : « Dieu s’est révélé comme histoire, non pas comme une collection de vérités abstraites. » Et quand il est question du langage de l’Église face aux défis de la société contemporaine et que beaucoup considèrent comme « décalé » voire « déphasé » : « Il est erroné de voir la doctrine de l’Église comme un « monolithe » qu’il faudrait défendre sans nuances ».
  • Et pour terminer sur une note très personnelle : « Je prie l’Office chaque matin. J’aime prier avec les psaumes. Je célèbre ensuite la messe. Et je prie le rosaire. Ce que je préfère vraiment, c’est l’Adoration du soir, même quand je suis distrait, que je pense à autre chose, voire quand je sommeille dans ma prière. Entre sept et huit heures du soir, je me tiens devant le saint sacrement pour une heure d’adoration. Mais je prie aussi mentalement quand j’attends chez le dentiste ou à d’autres moments de la journée ».

PizziCatho

 


[2] Solange Bied-Charreton, née à Paris en 1982. Elle a tenu un blog de critique littéraire et de billets d’humeur pendant cinq ans.

[5] Matthieu, 13, 1-23

[7] Ibidem

Mon cher Charly,

J’ai pris connaissance récemment d’un courrier que tu as reçu de notre ami, ton « cousin » comme il se plaît à t’appeler.

Je te rappelle qu’il convient de maintenir une distance prudente avec lui : tu sais bien qu’il est impossible de changer de camp.

Il a fait une sorte d’éloge funèbre, à sa façon, d’un grand chef d’orchestre. Pour l’instant sache qu’il ne s’est pas encore présenté chez nous.

En revanche je voulais te dire que nous attendons avec impatience un hôte de marque, qui a quitté sa demeure provisoire. Il tarde un peu… Je sais que dans certain cas le « premier entretien », comme ils l’appellent, se prolonge  pour les cas difficiles. Je dois t’avouer que je ne comprends toujours pas pourquoi ils tergiversent, surtout quand il s’agit de certains « clients ». Celui-là nous a bien servi et nous a fait beaucoup de bien en faisant beaucoup de mal à l’ennemi.

François Cavanna.9 Cet hôte de marque s’appelle François Cavanna, un monument de la mouvance libertaire. J’ai hâte de le rencontrer. Ce qui me plaît chez lui c’est son côté iconoclaste, sa verve sans fioriture, anguleuse, rocailleuse, irrespectueuse, qui a su porter la provocation au rang d’un art majeur parce qu’il faut lui reconnaître quand même un certain génie. Il avait de l’humour, même s’il avait souvent un arrière-goût de « vomi » et des relents de décharge à ordures, mais il en avait pour tout le monde et ça, ce n’était pas donné à tout le monde. Le sommet de sa réussite il le confiait à un journal qui s’embourbe quotidiennement dans un intellectualisme petit bourgeois, ce qu’il détestait le plus. « On admire Hara Kiri comme une glorieuse réussite. Or même au temps de sa grande diffusion, il était haï à l’unanimité, par la presse et les artistes. On était un journal vulgaire. On nous reprochait notre mauvais goût. On était une réunion de bandits, d’individus à la marge, de révoltés. » [1]

Au fond il avait bien raison de s’en prendre à certains journalistes « créateurs d’opinion », faiseurs de rois autant que destructeurs de réputation, propagateurs de contre-vérités. Mais ce n’est pas à toi ni à moi de prendre le contre-pied de ceux qui travaillent pour notre camp, quelle que soient leur motivation. Nous savons bien qu’ils ne croient ni à Dieu ni à diable, leur cri de guerre est « Ni Dieu, ni maître »… Un jour ils comprendront … quand ce sera trop tard !

En attendant regarde, écoute et informe-toi. Il y a du grain à moudre chez les créatures et ce n’est pas le moment de prendre des vacances.

Des informateurs me disent que le feu couve en Fhollandia. C’est bon pour nous. A toi de mettre à profit cette excellente conjoncture.

Tu as droit à ma « bénédiction griffue ».

 Le diableLe sbire de Shaytân

2014-02-03



[1] Le Monde, 2014.01.31 « François Cavanna, mort d’un « rital ».

Mon cher cousin,

Cette lettre est atypique car figure-toi que j’étais auprès de Notre Père à tous quand est arrivé une personne remarquable. Ce n’est pas si rare car tu imagines qu’ici les arrivées sont quotidiennes. Je ne sais pas ce qu’il en est chez vous mais tu n’es pas sans savoir que la porte d’entrée dans votre camp passe par la case départ qui est chez nous.

Nous avons reçu un grand chef d’orchestre, Claudio Abbado.

Claudio Abbado - 1934-2014

Il se trouve que mon protégé est un mélomane. Le dictionnaire définit un mélomane comme « une personne passionnée de musique classique ». Cette précision pour dire qu’il n’a pas la prétention d’être un virtuose ni un grand musicologue : il aime la musique tout simplement. Je me suis entretenu avec lui et j’ai cru comprendre que ce chef d’orchestre était réellement un grand chef doublé d’une forte personnalité.

Je te fais grâce de sa carrière qui est d’une grande richesse, et je dirai seulement que la contribution qu’il a apportée à la musique est prodigieuse.

Les hommages qui lui ont été rendus à sa disparition sont nombreux et unanimes. Sur les chaînes qui diffusent la musique, classique en particulier, les auditeurs ont pu entendre des enregistrements mémorables extraits de ses interprétations qui couvrent tous les répertoires. Mon protégé m’a confié qu’il était plus spécialement ému par certains enregistrements du répertoire des œuvres dites sacrées. Il était ému parce que ce chef était aussi connu pour des idées qui n’étaient pas forcément en accord avec ce que ces mêmes œuvres expriment : le sacré. Oh, bien sûr tu me diras qu’on ne demande pas à celui qui dirige, par exemple, le Stabat Mater de Pergolèse, la Passion selon saint Matthieu de Jean Sébastien Bach ou l’Ave verum de W. A. Mozart, de partager le contenu des textes sur lesquels est écrite la partition musicale. Je te l’accorde et n’en disconviens pas.

Mais si je te confie ces réflexions de mon protégé c’est qu’il se trouve que j’ai été admis au premier entretien qu’a eu Notre Père à tous avec ce chef, à son entrée. Je voulais te faire part du contenu de ce « premier entretien » parce qu’il me semble que cela peut te donner à réfléchir, sinon te faire changer de camp, hélas, hypothèse définitivement impossible ! Cela n’est pas sans lien avec ce que je te dis plus haut à propos des œuvres de musique sacrée. Je dois t’avouer que mon protégé éprouve un certain agacement à entendre certains journalistes spécialistes pérorer avec emphase sur la musique qui accompagne des textes d’une grande profondeur comme si le compositeur avait posé sans plus des notes sur ces mêmes textes sans tenir compte de ce qu’ils signifient… Un peu comme si mettre en musique le texte de la Passion selon saint Matthieu ne signifiait pas plus que de mettre en musique n’importe quelle prose aussi littéraire soit-elle : en somme comme s’il était possible de greffer un organisme vivant sur un support inerte. W. A. Mozart confiait qu’il n’était pas possible d’avoir entendu pendant toute son enfance l’Agnus Dei sans être profondément inspiré par ces mots. Enfin c’est un autre débat… Peut-être faudra-t-il y revenir un jour, car vider de son sens religieux une œuvre quelle qu’elle soit est bien dans votre pratique.

Quand je dis donc que j’ai assisté au « premier entretien », je dois t’expliquer qu’il s’agit du premier dialogue au cours duquel le « postulant à entrer chez nous » s’entretient librement avec Notre Père à tous. Nous y sommes admis. C’est un peu comme un grand oral public. Ensuite pour des confidences plus personnelles et décisives, les deux interlocuteurs restent seuls.

Je transcris ci-après quelques bribes de ce premier entretien.

  • « Soyez le bienvenu, Maestro ! Vous me permettrez de vous appeler ainsi même si je crois savoir que vous préférez tout simplement « Claudio ». Laissez-moi d’abord vous confier toute mon admiration devant la richesse et la qualité des œuvres de toutes les époques qui ont traduit en musique ce que sont pour vous les mystères de la foi. Je reste vraiment ébahi devant l’étendue et la variété des œuvres que les compositeurs ont su écrire et les interprètes en permettre l’écoute. Je ne vous cache pas mon admiration à la lecture du catalogue de toutes les œuvres qui ont été produites depuis que des compositeurs se sont saisis de ces sujets qui vous sont connus sous le titre de répertoire de la « musique sacrée ». Rien ne vous a échappé : les mystères de la Création, l’histoire sainte de ce peuple que j’avais choisi à travers ses tribulations, ses grandes figures, ses exils et ses déportations, l’histoire de mon Fils avec, dans l’ordre, l’Annonciation, la Nativité et les événements qui l’ont accompagnée, sa vie publique, sa Passion et sa Résurrection… Rien n’a été oublié, c’est prodigieux ! Mais, vous, qu’en pensez-vous ? »
  • « Je n’étais qu’un modeste exécutant. Je faisais de mon mieux pour exprimer ce que je croyais avoir appris de l’étude approfondie de l’œuvre et compris dans mon cœur et dans mon esprit. Vous vous imaginez qu’il n’est pas si facile aujourd’hui d’interpréter souvent à des siècles de distance des pièces qui ont été écrites dans un contexte personnel et historique bien différent. Je ne prétendais pas incarner Jean Sébastien Bach, ni aucun des grands compositeurs dont je devais assumer modestement de prendre la place. Je ne sais pas s’ils auraient aimé mon interprétation. Mon rôle était simplement d’être un « passeur d’émotion », l’héritier d’une tradition qu’il est impossible d’interrompre parce que sinon, c’est l’histoire humaine dont j’aurais, d’une certaine façon, brisé le cours. »
  • « Je crois savoir que vous entreteniez des relations personnelles plutôt distantes avec tous ces mystères. Vous aviez, m’a-t-on dit, une orientation dont je sais que ses fondamentaux n’étaient pas très en accord avec tous ces mystères. Je vous accorde qu’ils restent toujours pour vous, et même pour ceux que la foi attache à ces vérités, des mystères, mais il ne manque pas de raisons profondes pour les comprendre. Je reste persuadé que vos convictions étaient sincères et que vous étiez conduit par de nobles idéaux pour le service de l’homme. En témoigne, pour moi, que vous ayez voulu, par exemple, faire entendre la musique que vous avez si bien servie, dans des lieux où elle était exclue comme les prisons. Vous savez peut-être que ce sont ces milieux marginaux, ces périphéries de l’humanité, qui avaient la préférence de mon Fils, qu’il n’a justement pas été compris pour cela et que c’est une des raisons qui l’ont conduit à sa Passion. »
  • « Il est vrai que j’ai toujours donné la préférence à ce qu’il y a de plus noble dans l’homme et qui, dans notre monde fait si souvent défaut : la compassion, la solidarité, l’attention aux humbles et à tous ceux que les circonstances de la vie ont mis devant l’épreuve. Les dernières années de ma propre vie m’ont fait beaucoup réfléchir et je crois que j’ai un peu mieux compris la souffrance parce que je l’ai connue et vécue. Je sais que les hommes qui croient en vous accordent de l’importance à la souffrance. Je ne suis pas sûr qu’ils sachent toujours bien en parler… et peut-être même pas du tout. Vous voudrez bien admettre qu’il n’est pas si simple de croire en un Dieu qui enverrait son Fils sur la terre pour mourir au terme d’une Passion que je ne savais pas comprendre dans le texte mais dont la musique a su transmettre toute la grandeur. Mais ne reste-t-elle pas toujours un mystère ? Souffrir est-il un but ? »
  • « Vous avez raison ! La souffrance n’est pas un but … en soi ! Je n’ai pas envoyé mon Fils sur la terre pour qu’il donne un sens à la souffrance. Il a souffert et c’est tout. Mais sa souffrance était pour le salut des hommes, il est là son sens. Ce n’est pas en souffrant sans plus que l’homme se sauve. Et ce n’est pas la souffrance seulement qui le fait entrer sur ce chemin qui le conduit vers sa fin. Sa fin ? Me connaître ! Vouloir librement me connaître ! Je sais bien que beaucoup de sermons ont été prononcés qui ont essayé de sublimer la souffrance, de lui trouver justement un sens, à défaut de lui en donner. Le cardinal Louis Veuillot qui passait par l’épreuve de la maladie a écrit ces belles paroles, remplies de sa propre expérience, … comme vous : « Nous savons faire de belles phrases sur la souffrance. Moi-même, j’en ai parlé avec chaleur. Dites aux prêtres de n’en rien dire : nous ignorons ce qu’elle est et j’en ai pleuré. » [cité par Mgr Marc Lallier dans son homélie aux obsèques du Cardinal Louis Veuillot, le 17 février 1968]. Vous serez étonné que je vous dise cela. Oui, nous sommes au cœur du mystère dont nous avons déjà beaucoup parlé. Et la musique, ne vous a-t-elle pas fait pénétrer au cœur de ce mystère ? Ne l’avez-vous approché un peu ? Un pianiste que vous avez bien connu, Nikolaï Lugansky, a repris à son compte une affirmation d’un compositeur russe comme lui, Sergueï Rachmaninov : « Si l’on aime la musique, on ne peut pas croire que Dieu n’existe pas ». Je vous vois songeur ? …

…/…

Voici votre baguette.

Je mets à votre disposition mon orchestre et un chœur.

Les anges musiciens - Hans Memling.2

Je vous demande de diriger la Messe en Es-Dur de Franz Schubert et de me bouleverser, comme à chaque fois que j’écoute le Credo et le verset « Et incarnatus est… ».

 

Les anges chanteurs

 

Pizzicatho

2014-01-21